Comme tout le monde, je rêvais d'un chalet.
Un beau chalet, avec une salle de bain, des wc séparés et même, pourquoi pas, un balcon.
Oh oui, un balcon avec des bégonias ou une autre fleur qu'on met sur des balcons et que je ne connais que de nom.
Mais quand je suis arrivée, j'ai vite constaté qu'on était loin du pays d'Heidi, où on se baisse pour ramasser des chalets, comme on se baisse pour cueillir des edelweiss.
Ici, aussi étonnant que cela puisse paraître, y a aussi des immeubles, avec des appartements dedans. Les suisses vivent dedans.
Alors, j'ai fait comme tout le monde, (je fais tout comme tout le monde, c'est plus simple pour acquérir des repères et se fondre dans la masse) je me suis attablée et j'ai mangé de la
fondue.
C'était une fondue moitié-moitié, une fondue pour laquelle il faut être moitié homme, moitié robot, sinon on succombe à la première bouchée.
Mais c'est une autre histoire, je peux pas tout décrire d'un coup, sinon c'est indigeste.
Comme la fondue pour le commun des mortels.
Bon, du coup, je mangeais ma fondue attablée.
Pas longtemps, hein, juste le temps de la réflexion.
Et puis, tout à coup, l'illumination : au diable le chalet, je vais louer un appartement.
Après quoi, je me suis auto-congratulée pour la bonne idée, l'éclair de génie, la vivacité d'esprit, et je me suis couchée après cette longue journée.
La fondue y était aussi pour quelque chose, je le concède, mais c'est surtout l'orage cérébral, (ou "brainstorming" pour les gens dans la publicité et dans les métiers qui requièrent de maîtriser
le franglais) qui m'a éreintée.
Évitons cependant de l'ébruiter, ça pourrait nuire à mon image.
Le lendemain, guillerette, satisfaite de cette nouvelle résolution, je me suis mise à chercher.
J'ai fait tout ce qu'il fallait : préparer un joli dossier avec du papier et puis des crayons, avec une photocopieuse, si l'occasion se présentait ou le besoin s'en faisait sentir. J'ai
rempli des enveloppes, passé des coups de fils, visité, supplié, pleuré, crié, déjoué des arnaques fomentées pour me voler... Rien n'y a fait.
Mes conclusions sur le sujet de l'immobilier sont tombées comme un couperet :
On trouve pas d'appartement non plus, en Suisse. C'est comme les chalets, y en a plus.
Enfin, y en a, derrière les façades des immeubles, je les vois de dehors. Y a des gens dedans qui bougent comme des ombres suisses. Ils font même à diner des fois, ou d'autres trucs que je vous
dirais pas.
Mais ces appartements là sont pas pour moi. Les suisses, ils les gardent pour eux, ils les entassent, en cas de disette. Ils les amassent en cas d'infortune.
Du coup, moi pauvre française, moi modèle d'intégration, moi dévouée, moi quand même pas mal cool, quoi, je suis bien embêtée.
Du coup, à nouveau, ça me fait réfléchir.
J'arrête pas de réfléchir, ça entretient.
Bref, je me suis dit que les gens du voyage, ils ont trouvé la solution, pas de crise de l'immobilier, pas de dossier et pas de photocopieur.
Quelqu'un a des plans sur pour des roulottes ?

